Un Papi pour maintenir le trait de côte

On l’appelle Papi. Un acronyme simple et familier pour désigner le Programme d’Action et de Prévention des Inondations. Sur la côte picarde, il est né de la volonté de l’Etat de mieux prendre en compte les risques d’inondations après le désastre de la tempête Xynthia et les ravages qu’elle avait causés à la Faute-sur-Mer, en 2010.

Rompval

Sur la côte picarde, le Papi s’étend, du sud au nord, le long de 110 kilomètres de rivage. 110 kilomètres de côte, de Mers-Les-Bains à Fort-Mahon et Berck-sur-Mer. Il représente près de 55 millions d’investissements de l’Etat, de la Région, du Département, des communes et de l’Agence de l’eau. 55 millions d’euros pour renforcer les digues, améliorer l’écoulement des eaux de ruissellement, ou lancer des études pour mieux composer avec la mer.

Il y a la clarté fière des falaises puis la rondeur des galets, la rigueur des digues, les méandres des courants et des fossés qui traversent les mollières et la souplesse des dunes. Du sud au nord, de la rivière Bresle industrieuse à la sauvage Authie, la côte picarde offre de multiples visages. Gracieux par beau temps, plus inquiétants quand la tempête pousse les vagues à surpasser leurs niveaux habituels.

Le front de mer d'Ault et la casquette de béton qui renforce la falaise
Le front de mer d’Ault et la casquette de béton qui renforce la falaise

Ici et là, les habitants sont confrontés depuis des siècles à la force brutale de la mer. Au pied des falaises, ses vagues les plus violentes provoquent des éboulements, favorisés par les infiltrations des eaux de ruissellement dans la craie. Ault en porte la douloureuse mémoire : la basse ville avait été submergée au XVIème puis à nouveau engloutie au XVIIIème siècle. Reconstruite en haut des falaises, elle n’est pas à l’abri des assauts des vagues. En un siècle, sur le front de mer, une rue tout entière est déjà partie à la mer. En 1927, l’hôtel Continental disparaissait dans la houle avec ses 100 chambres.

Entre Cayeux-sur-Mer et Ault, la digue de protection des bas-champs
Entre Cayeux-sur-Mer et Ault, la digue de protection des bas-champs

Plus proche de nous, une nuit de mars 1990, la mer ouvrait une brèche dans la digue et submergeait 3000 hectares de bas-champs entre Onival et Cayeux-sur-Mer.

Au Crotoy, les grandes marées, quand elles s’accompagnent d’un vent puissant, font craindre une submersion de la digue Noiret. Un peu plus loin encore, vers le Nord, en baie d’Authie, les vagues sapent les fondements sableux du bois de sapins de Berck-sur-Mer. Progressivement, les lignes d’arbres fondent dans la mer, amenuisant l’épaisseur de la dune et du bois qui la protège.

Baie d'Authie, bois de sapins. Berck-sur-Mer
Baie d’Authie, bois de sapins. Berck-sur-Mer

Personne n’avait prévu la tempête de 1990 et la rupture de la digue, personne n’avait imaginé avant qu’elle n’ait lieu, la crue de la Somme de 2001. Pour l’avenir, l’État souhaite mieux anticiper le réchauffement climatique, la remontée prévisible du niveau des océans, la plus grande fréquence d’épisodes tempétueux à risques. C’est la raison pour laquelle des Plans de prévention des risques (PPRN) sont mis en œuvre, pour limiter les constructions dans les zones les plus à risques. « Aujourd’hui, explique Philippe De Mester, préfet de la Somme, nous avons à notre disposition des travaux scientifiques, des simulations, des moyens de mesure très puissants. Si nous n’agissons pas maintenant, les générations futures nous en feront le reproche. »

 

La démarche du Papi, consiste à articuler une protection du littoral à la fois globale et spécifique. Prévoir le financement nécessaire au renforcement d’une digue ainsi qu’étudier et améliorer l’efficacité du système d’endiguement à l’échelle de tout le territoire.

 

Le Papi picard a connu ses premières ébauches en 2012. On l’appelait alors « Papi d’intention ». Conduit par le Syndicat mixte baie de Somme -aidé par les services de l’État, l’Agence de l’Eau, le département, la Région, les communes- il visait à mieux comprendre, améliorer la connaissance pour ensuite, prendre les décisions les plus appropriées pour protéger le territoire et ses habitants.

Ault, le 7 septembre 2016, signature de la Convention cadre stratégie littorale Bresle-Somme-Authie
Ault, le 7 septembre 2016, signature de la Convention cadre stratégie littorale Bresle-Somme-Authie

Mercredi 7 septembre, par une belle journée ensoleillée, le papi d’intention est devenu un papi d’action.

Une séance de signatures réunissait autour de la même table, dans la salle du casino d’Ault, ceux qui ont œuvré pendant cinq ans pour élaborer ce vaste programme d’action. Services de l’Etat, Syndicat mixte baie de Somme, Conseil départemental, Agence de l’eau, maires des communes littorales. Plus de 80 réunions ont été nécessaires pour mettre en place cette convention cadre, soulignait l’un des participants.

Pas simple de mettre tout le monde autour de la table, surtout quand il y a des engagements financiers à la clé. « 55 millions d’euros pour la côte picarde, poursuit le préfet Philippe De Mester. Ça ne se trouve pas sous les sabots d’un cheval, une somme pareille. Il y a eu des années de discussions, de tergiversations, des avancées, des reculs, des partenaires qui s’engageaient puis se retiraient. A un moment donné, pour pouvoir passer à la phase d’action, l’État a choisi d’arrêter les discussions en disant « nous mettons 12 millions et demi d’euros », les partenaires ont complété, nous arrivons à près de 55 millions. »

Cayeux-sur-Mer. Front de mer et Epis de protection
Cayeux-sur-Mer. Front de mer et Epis de protection

Le Papi intègre les ouvrages de protection existants : les 104 épis qui constituent la très longue digue de Cayeux-sur-Mer, les « casquettes » de béton qui renforcent la falaise du bourg d’Ault, ou le système « Écoplage » qui aide l’ensablement de Quend. Le Papi prévoit aussi des actions sur tout le territoire : des études et des travaux pour une digue de renforcement rétro-littoral du bois de sapins à Berck-sur-Mer, le rehaussement de la digue de la Gaîté au Hourdel, des études pour la construction d’un nouvel ouvrage en arrière de la baie d’Authie ou la création de nouveaux épis à Onival.

Le Hourdel, digue de la gaïté. 21 mars 2015.
Le Hourdel, digue de la gaïté. 21 mars 2015.

Un dispositif de surveillance et de prévision des inondations sera mis en place avec l’installation d’un houlographe et de deux marégraphes qui transmettront leurs mesures en temps réel. A plus long terme, pour les constructions futures, des zones de relocalisation, moins exposées que certains espaces urbains actuels seront définies.

 

La protection du littoral se pense aussi à l’intérieur des terres, du côté des eaux de ruissellement, qui s’infiltrent, érodent et fragilisent le littoral « L’objectif, soulignait Olivier Thibaut, directeur général de l’Agence de l’Eau Artois Picardie, est de réapprendre à vivre avec la nature et non pas contre la nature, il est absolument capital, et plus encore en période de crise, de travailler et de réfléchir autrement. Gérer l’eau au plus près de l’endroit où elle tombe, éviter de la concentrer, favoriser les débordements là où ça ne pose pas ou peu de problèmes. Ce sont des enjeux écologiques mais aussi économiques ».

 

Patricia Poupart, conseillère régionale expliquait ainsi les raisons de l’engagement des Hauts de France dans le Papi pour soutenir les communes qui n’auraient pas seules les moyens d’entretenir les ouvrages de protection contre la mer : « La Picardie maritime dont nous parlons, c’est 35 200 hectares inondables. Les trois quarts des habitants vivent dans des maisons de plein pied. Environ mille entreprises sont directement concernées par les différents PPRN (plans de prévention des risques), 104 campings, des guides nature, un parc de résidences secondaires, des activités liées à la chasse. L’ensemble du territoire arrière littoral profite du rayonnement économique de la côte picarde. C’est un territoire d’excellence, la région s’engage donc naturellement à vos côtés. »

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Papi d’intention, papi d’action mais aussi papi de transition. Sans cesse, et plus encore au bord de la mer, la nature change, bouscule, bouleverse. Aujourd’hui comme hier, l’homme doit s’adapter en permanence à cette évolution, choisir la souplesse du roseau plutôt que la rigidité du chêne. Un autre papi prendra le relais de celui-ci, dans quelques années…

Plaquette de Présentation du Papi

Reportage vidéo :  

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